Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 07:25

« Je n'ai guère vu me semble-t-il souligner ce fait, qui me frappe beaucoup, que dans un roman tout est à jamais ensemble : personnages, bêtes, nuages, bouts de conversation, coins de paysage, tout cela est pris et figé ainsi que dans un sulfure à l'intérieur d'un bloc compact de deux cent mille mots-le temps, les distances, ayant perdu toute élasticité [...]-Et le tout, chaque fois qu'on reprend le roman déroulant son unique tempo de boîte à musique du premier mot jusqu'au dernier. » Julien Gracq

À en juger la structure d'un roman lorsqu'on l'observe de l'extérieur tout semble a priori figé et cloisonné, Sartre évoque dans la bibliothèque de son grand-père ces formes fascinantes rectangulaires que l'on appelle livre. Vu sous cet angle le roman, par opposition à ce que nous donne à voir l'existence où tout se trouve synthétisé en un seul individu : les paysages, les musiques, les sensations ; le roman donc, semblerait lui, s'opposer au naturel et nous confronter a priori à une structure analytique. Paysage d'un côté, description : récits de l'autre, narration. Néanmoins doit-on conclure de cette apparente artificialité que le lecteur se trouve prisonnier devant la forme d'un ouvrage et que cette mise en forme le condamne à jamais à l'incompréhension de l'oeuvre ? Tout se passe comme si nous avions affaire à une opposition hétérogène entre la spontanéité du lecteur d'un côté et l'artificialité d'un ouvrage dans lequel l'élasticité serait perdue au profit d'un temps artificiel, d'un espace décrit et d'une méthodologie de construction calculée.

Qu'en est-il de l'auteur lui-même, doit-on le résumer à la somme de ses mots comme le font certains critiques littéraires ou à la qualité de ses techniques d'écriture ? Faut-il distinguer l'inspiration, le premier jet d’un coté et les techniques d'écriture de l’autre, qui seraient alors vécues comme un ornement ? Le tempo artificiel du livre qui s'écoule du premier mot jusqu'au dernier doit-il nous amener à considérer l'ouvrage comme clos sur lui-même, comme écriture du passé définitivement inerte ? Ne devrait-on pas opposer deux visions de l'écriture : celle externe qui nous amène à réfléchir sur les procédés et qui est souvent celle du lecteur : et celle, interne qui correspond pour l'auteur à une saisie de ses émotions, à un désir de transcription de son expérience émotionnelle à travers un style particulier ?

Vu sous cet angle, la distinction entre l'émotion et le style semblerait non avenue dans la mesure où : il s'agirait ici ainsi qu'en témoigne Jean Rousset dans son ouvrage sur les structures littéraires :  forme et signification «d'une intime réciprocité » qui, du côté de l'écrivain, rendrait solidaire la question de la structure et celle du fond dans un amalgame qui d'un seul tenant retranscrirait l'expérience émotionnelle. Le problème réside dans le fait que ce qui relèverait apparemment d'une unité semble par nature disjoint en deux aspects qui ne sont pas assimilés par le lecteur : la matière et l'émotion. La question à se poser alors en ce qui concerne l'expérience romanesque est la suivante : comment parvenir à se réapproprier la singularité, l'âme de l'auteur en considérant synthétiquement l'écriture et la sensation ?

Il semblerait tout bien considéré, que le lecteur échoue lorsqu'il ne parvient pas à s'approprier émotionnellement le monde intérieur de l'écrivain, il semblerait également qu'analyser la séparation entre personnages, bêtes, nuages, bout de conversation... Reviendrait à amalgamer deux mondes que sont : celui du lecteur et celui de l'auteur. En effet, ausculter un ouvrage à la manière dont un médecin traiterait un patient, n'est-ce pas en quelque façon oublier de passer d'un rapport à l'autre ? Du rapport que l'on entretient avec notre propre univers, à celui, absolument distinct et autonome de l'écrivain ?

Afin d’approfondir l’analyse de la citation, il nous faut construire une étude articulée autour de trois axes.

Dans un premier temps, il s'agira d'étudier la question de la forme romanesque afin de savoir si elle et un mensonge, une reconstitution artificielle de la vie telle que semble le considérer Julien Gracq dans la citation donnée.

Ensuite, nous tenterons de montrer pourquoi, en dépit de son apparence statique, la littérature romanesque peut constituer un atout à la connaissance de soi, une ressaisie de la personnalité individuelle.

Enfin, il s'agira de montrer ce en quoi l'expérience de l'écriture « romanesque » du milieu du XXe siècle, non seulement ne semble pas figée, mais plus encore, permet à l'individu d'opérer un déconditionnement par rapport à ses critères de représentation.

Outre la définition classique du roman qui l'oppose à la nouvelle réaliste en temps que récit de fiction, outre le caractère inventif du romancier qui permettra à Aragon de parler du roman comme d'un « mentir vrai », la séparation entre plusieurs éléments dans le roman tel qu'elle est soulignée par Julien Gracq semble être la conséquence pour l'écrivain d'une mise à distance. En effet la spontanéité immédiate semble s'opposer à l'écriture comme dans le cas de l'autobiographie. Le caractère a priori artificiel du roman nous vient de la distinction entre réflexion et action. La description romanesque apparaît à première vue comme reposant sur un après-coup et tandis que l'émotion brute semble difficile à traduire par manque de recul, tandis que les sensations évoluent, le roman travaillé a contrario semble opérer par touches successives. Ce qui explique l'observation de Gracq selon laquelle dans le roman achevé tout est à jamais ensemble. Du point de vue de l'observation, le récit d'émotion fictif ou réel se présente comme figé, les règles de style comme des convenances. Ce qui peut choquer a priori c'est l'aspect définitif et inamovible de l'oeuvre.

Balzac a bien montré dans le chef-d'oeuvre inconnu, la nécessaire distinction entre la création et le vivant. Cette oeuvre ne met pas simplement en évidence la frustration d'un Pygmalion qui ne parvient pas à insuffler la vie à sa peinture, au-delà encore, elle témoigne de l'incapacité pour un auteur à clore son ouvrage, à le mettre à mort en le rendant statique alors que lui continue de vivre. Cette inadéquation entre le mouvement et l'immobilité entre le passé à jamais figé et le présent d'un individu sans cesse en mouvement est bien soulignée par Gracq. Elle correspond à la sensation désagréable évoquée par Jean Rousset dans forme et signification : « je croyais lui avoir arraché toutes ses significations et toutes ses structures, et je dois constater qu'il me manque quelque chose, qu'une part  du secret demeure ensevelie derrière moi, dans ce livre que je referme, dans ce tableau dont je m'éloigne.

La difficulté en ce qui concerne le roman est redoublée si l'on prend la métaphore du tableau dans la mesure où : tandis que celui-ci nous donne à voir une oeuvre  dans toute sa splendeur, celui-là ne se perçoit que dans le temps de la lecture, médiatement, et le lecteur ne peut apprécier du roman que ses touches successives, superposées les unes aux autres et subordonnées à son temps de lecture. Le problème du roman par rapport à la peinture repose donc sur le temps et sur le décalage entre l'ensemble de l'oeuvre et les perceptions successives de celui qui la parcourt. C'est que, même pour l'écrivain, rédiger suppose d'arrêter le temps pour se réapproprier une sensation et tenter de la faire partager au lecteur. C'est en ce sens que le livre se donne à voir,  non comme un phénomène immédiat, mais comme un objet recomposé. Que le romancier, que l'artiste privilégie son oeuvre à sa vie ou non, le contraste entre la spontanéité de l’action et le pâtir de l’observation est bien marqué dans le chef-d'oeuvre de Zola. Alors que Christine se meut sans cesse, son portrait, adulé par celui qui est en l'auteur est désespérément figé, statique, mort : ce qui provoque en même temps que l’admiration, la frustration de Claude.

Comment sortir alors de ce clivage pessimiste qui nous donne à voir le roman comme une boîte à musique close tandis que la vie constitue une exploration active   d'émotions ? Comment échapper à cette distinction qui oppose l'inertie d'une oeuvre à la mouvance continue de la vie ?

Il s'agit ici de nous  rappeler le témoignage de Victor Hugo : « quand je vous parle de moi, je vous parle de vous ». Bien que l'assertion soit extraite de l'introduction aux contemplations, il semble, à en juger par l'expérience de certains romanciers, et par l'effet qu'ils cherchent à produire sur le lecteur, que ce témoignage puisse également s'appliquer au roman. Lorsque Madame de La Fayette entreprend l'écriture de La princesse de Clèves, elle ne cherche pas simplement à nous entraîner semble-t-il dans un récit de fiction purement statique, mais au contraire à susciter en nous une démarche de réflexion. Cette réflexion concerne en particulier le statut des passions, la problématique de l'amour passionné qui touche universellement l'homme qu'il soit lecteur réel ou lecteur potentiel. Dès lors, l'effet de boîte à musique évoqué par Gracq pourrait être nuancé, car loin de nous entraîner dans une expérience figée, le roman ainsi entendu, se donne à voir comme l'opportunité de transformer un simple bloc compact en véritable questionnement individuel. Dès lors, l'oeuvre qui avait apparemment perdu d'un point de vue extérieur son élasticité la retrouve à mesure que le lecteur réintègre le travail de l'écriture, à mesure qu'il en dégage un éclaircissement, un bénéfice au regard de son expérience personnelle.

En ce sens, bien que le roman fut condamné par la philosophie, il peut apparaître comme un outil de connaissance de soi dont les systèmes métaphysiques et scolastiques n'auraient plus le monopole. À l'image de Madame de La Fayette précédemment citée, à celle de l'écriture de Benjamin constant dans Adolphe, la littérature romanesque peut s'avérer pédagogique. La sensibilité ajoutée à l'écriture peut prodiguer un plaisir plus grand, une compréhension plus unanime. Et tandis que la philosophie ne s'adressant pas aux émotions individuelles demeurait figée, la littérature au contraire se donnerait à voir comme un organisme vivant générant une dynamique intellectuelle et active : «L'espérance entra dans mon coeur ; il me parut très possible qu'en fait de tendresse, la philosophie radotât, et que les romans seuls eussent raison. Jean Baptiste Louvet : Une année de vie du chevalier de Faublas.

Loin de se limiter à une complaisance mensongère, ce qui serait le cas si le roman se contentait d'une simple mimesis, l'auteur de romans peut également avoir pour fin le déconditionnement de l'individu. Si tel est le cas, alors, le tempo mécanique de l'ouvrage s'en trouvera interrompu. Le tempo en effet par son caractère lancinant s'oppose à la déstabilisation, il implique une certaine habitude, une attente. Or que peut-on attendre si ce ne sont les  topoi qui nous sont déjà inconsciemment connus ? Les instigateurs du nouveau roman se jouent de ces anciens codes propres aux genres qui font appel aux représentations traditionnelles préconçues en l'individu (amours malheureuses chez les romantiques, description scrupuleuse des conditions de vie et des paysages chez les réalistes ou les naturalistes…) Ce qui est recherché dorénavant, c'est la surprise, le plaisir enivrant d'un lâcher-prise.

Dès lors que nous sortons du rapport au « déjà-vu » tel que l’on combattu Alain Robbe-Grillet et Nathalie Sarraute,  il devient quasiment impossible de parler d'artifice mal fait, distinguant bêtes, nuages et bouts de conversation. Cela devient impossible dans la mesure où le rapport entre réel et  fiction étant rompu, l'analogie au réel n'a plus lieu de se faire. Il s'agit ici de surprendre, de déstabiliser, en d'autres termes de rendre à l'imagination son pouvoir créateur. Ce que l'on désignait sous le nom d'imagination semble n'avoir été que la faculté de reproduction d'un réel déjà préconçu « Le nouveau roman doit modifier les habitudes du lecteur dont il déstabilise les  attentes ». Nathalie Piégay-Gros Le Roman.

S’il  s'agit de nier en ce sens toute prétention réaliste au roman : « le roman ne doit plus être un miroir, un trompe-l'oeil offrant l'image confortable et rassurante d'une réalité que le lecteur doit déjà connaître. », alors cette nouvelle conception, restreint la déclaration de Julien Gracq aux anciens romans à vocation mimétique. Ce que le romancier semble ici déplorer compte tenu de son époque contemporaine, c'est précisément l'aspect factice qui se dégage des descriptions et autres tentatives de duplication fidèle du monde à travers le roman. Tout se passe comme si le paysage sonnait faux, comme si la simple tentative de transcription avait infailliblement soufflé la vie de ce qui est retraduit.  Plus d'élasticité, plus d'unité donc entre les éléments.

La frustration évoquée par Gracq au constat de la fixité de certains romans semble précisément viser le caractère trompe-l'oeil de l'ouvrage. Par contraste, sitôt que l'on sort de l'idée de représentation qui condamne nécessairement l'espace à plusieurs ensembles disjoints et figés ainsi que le dénonce l'auteur d’Au château d’Argol, sitôt que l'on sort du temps extérieur, qui ne peut être vu que comme le tempo d'une boîte à musique, la frustration semble moins grande. Moins grande dès lors que le rapport au déjà-vu, qu'il est souvent facile d'établir par conditionnement, demeure volontairement contrarié. Sur ce point, à la même époque, la phénoménologie allemande nous met en garde contre la propension à ramener l'inconnu au connu, à renvoyer le monde extérieur qui nous est par nature étranger, à la familiarité du moi. La tâche de l'écrivain, ainsi que nous l'évoquions en introduction consiste bien à transmettre des émotions intérieures . Cette volonté, loin de la photographie du monde rendrait compte de la singularité de sa sensibilité, des émotions propres à l’auteur.

 La tâche du lecteur quant à lui, s'il veut participer de la créativité romanesque, c'est de rechercher ce phénomène, ce dépaysement et d'en déduire sa propre émotion littéraire. C'est à ces conditions, semble-t-il, que celui-ci parviendra à sortir du bloc compact de ces deux cent mille mots figés artificiellement dont nous parle de Julien Gracq.  À la sensation artificielle d'assemblage succéderait alors l'expérience individuelle d'une unité, expérience qui par nature peut différer d'individus en individu. Se réapproprier l'oeuvre littéraire, c'est en effet pouvoir bénéficier d'une émotion personnelle qui par nature ne saurait être répétitive. Le roman paraît donc dorénavant disculpé, ce qui serait davantage à interroger, c'est ce que le lecteur recherche, c'est la question de savoir s'il s'agit pour lui de juger, de se tenir à distance de l'oeuvre, ou bien au contraire sans opposer de résistance, de ressentir le phénomène dans son entier.

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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 07:13

 

On n'est pas écrivain pour avoir choisi de dire certaines choses, mais pour avoir choisi de les dire d'une certaine façon ».

 

 

 

Se poser la question du statut de l'écrivain sur le plan de la  communication, s'interroger sur le rôle spécifique de l'écriture, sur son action vis-à-vis du lecteur, c'est d'ores et déjà admettre la distinction entre différents types de témoignages. En effet, si l'acte d'écriture renvoie à l'idée de transmettre un message, en revanche toutes les paroles ne relèvent pas nécessairement du travail de l'écriture. Lorsque l'écrivain s'adresse à un lecteur potentiel, il ne s'agit bien évidemment pas de « dire les choses » au sens strictement utilitaire, d'utiliser la parole à des fins purement matérielles comme le font la plupart des individus de la société civile. Dans les deux cas : celui du langage de l'écrivain, et celui du langage ordinaire, nous observons bien évidemment des points communs fondamentaux. Chaque type de langage doit répondre à une situation de communication : un auteur, un récepteur ou lecteur potentiel et un code commun aux deux interlocuteurs.

 

 

Mais, ces conventions semblent bien en deçà de la recherche et du travail de l'écrivain et il nous faut par conséquent nous interroger davantage sur cette « certaine façon » de traduire les idées qui fait la distinction et le propre de l'écrivain par rapport au reste des individus. Tout d'abord, il est bon de signaler qu'exprimer « la prose du monde » ou encore dévoiler ses propres pensées, sous-entend de la part de l'écrivain une médiation. Cette médiation est avant tout réflexion et alors que le langage ordinaire n'a pas nécessairement besoin d'autre chose que de l'immédiateté pour se faire comprendre, il semblerait que l'écriture soit le véhicule privilégié du littéraire.

 

Il s'agit dès lors d'essayer de comprendre la raison pour laquelle il semble nécessaire à l'écrivain de « dire les choses autrement ». S'agit-il d'un simple effet d'ornement du langage ? Ou encore de l'idée de « laisser une trace » ainsi que le suggérait Wessel à Georges Semprun : « On continue, on essaie, bientôt on ne sera plus là : il faut laisser une trace »  S'agit-il au contraire d’un choix qui permette aux individus d'accéder à des vérités plus complexes et plus profondes que seul, le langage ordinaire ne leur permettrait pas d'atteindre ? La question est avant tout de savoir à qui l’auteur s'adresse lorsqu'il écrit.

 

Le problème semble se redoubler dès qu'il s'agit de concevoir différents genres littéraires : l'acte de parole ou d’écriture du romancier est-il assimilable à celui de l'autobiographe ? Les fins de l'épistolier peuvent-elles être comparables à celles du poète ? L'assertion sartrienne selon laquelle :  « on n'a pas choisi d'être écrivain pour dire certaines choses, mais pour les dire d'une certaine façon », nous amène à nous interroger sur les stratégies employées par un auteur en fonction de ce qu'il cherche à faire voir, à transmettre ou encore à dénoncer.

 

Afin de tenter d'approfondir notre étude, il apparaît judicieux de construire une problématique articulée autour de trois axes.

 

  • ·         Il s'agira tout d'abord d'envisager l'écriture, la parole, le choix de l'auteur engagé.
  • ·         Ensuite, il faudra nous interroger sur le statut paradoxal que constitue le choix du propos autobiographique lorsqu'il se donne à lire et à entendre.
  • ·         Enfin, nous nous interrogerons sur le statut particulier que revêt le langage poétique dans son rapport avec le lecteur.

 

Dire autrement, ne relève pas que d’une simple question de style, c'est également un parti pris de l’auteur visant par l'écriture à dénoncer des pratiques plus efficacement que ne sauraient le faire des actions anonymes et violentes. La dénonciation, le réquisitoire à l'aide du langage littéraire constitue bien un  « dire autrement ». Lorsque Zola décide d'interpeller le président Félix Faure sur la question de l'affaire Dreyfus en intitulant son écrit j'accuse, on voit bien que la parole de l'écrivain constitue une véritable arme blanche. Elle est arme plus efficace pour l'homme qui a la notoriété de l'écrivain, elle est blanche dans la mesure où l'écrivain n'agit pas immédiatement, mais pour avoir mûrement réfléchi ses positions.  Choisir de dire autrement peut signifier ainsi décider de s'exprimer sans le média de la violence active. La plume de Zola se pose sur le constat suivant : «Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre. » (Germinal : dernière partie chapitre six). Loin d'être un discours ordinaire, la parole du naturaliste se révèle ici à la fois raisonnée et pédagogique. Dire autrement que par de simples discours furtifs, et irrationnels ce peut être pour un écrivain, réfléchir, étudier les racines d'un problème, en d'autres termes s'extraire de l'immédiateté des passions, pour réveiller en l'individu une certaine forme de bon sens.

 

Malgré toutes les réserves que le naturalisme émet eu égard au romantisme, comment ne pas évoquer, dans cette même veine prémonitoire le mode du réquisitoire choisi par Victor Hugo dirigé contre Napoléon III ? « Certes, il viendra le rude et fatal châtiment [...] Nous qui des temps futurs portons au fond l'aurore [...] Nous, les germes du grand et splendide avenir » Les Châtiments, livre VII, les sauveurs se sauveront. Nous retrouvons ici une parole qui fait acte, qui prend acte sur l'avenir et qui n'est pas sans résonance avec la métaphore des germes de blé déjà présente chez Zola. Tout se passe comme si la parole de Victor Hugo annonçait le jugement dernier de Louis-Napoléon Bonaparte, jugement dont il serait le témoin ironique. Par l'organisation des châtiments, le dire de l'écrivain se distingue encore une fois du simple fait de dire dans l'opinion commune. Il s'agit ici de porter sur le banc des accusés les détenteurs d'un pouvoir qu'Hugo considère pour le moins illégitime. La parole de l'écrivain ici se donne à entendre comme une prophétie, elle convie les républicains à la table de la lutte dans l’intérêt de la liberté. En ce sens, « dire autrement » aussi bien pour Zola que pour Victor Hugo, consiste à concilier, à unifier les paroles individuelles, de sorte que de cette unité naisse une juste et cohérente révolte. Ordonner à la manière de Victor Hugo aux clairons de la pensée de sonner, n'est-ce pas en un certain sens exhorter le peuple à sonner le glas sur « l'imposture du régime » ? Il s'agit ici de bien montrer que ce n’est pas aux trompettes du jugement dernier de faire le travail, mais bien aux individus eux-mêmes en conscience de reprendre leur destin en main ; ce qui justifie la formule métaphorique : « clairons de la pensée. »

 

L'écrivain engagé sait que la parole est action ainsi qu'en témoigne Sartre dans Qu'est-ce que la littérature. Bien au-delà de la simple question du dire, pour celui-ci se profile alors la question du faire, car tel semble être en définitive le rôle véritable de l'écrivain engagé. En ce sens : choisir l’écriture polémique, c’est fournir le préambule d'une action à venir.  Cependant lorsque la question : « as-tu quelque chose à dire » se pose à l'autobiographe le problème demeure plus épineux.

 

Qu'il s'agisse de dire pour soi ou bien de dire pour les autres, qu'il soit question de se construire une défense nécessaire comme Rousseau a tenté de le faire aussi bien dans Rousseau juge de Jean-Jacques que dans les Confessions, la démarche demeure problématique. Problématique dans la mesure où il existe un décalage nécessaire et insurmontable entre l'écriture et la vie. Vivre, c'est précisément soumettre son âme à l'immédiateté des événements. La réflexion au contraire dans le cas de figure de l'autobiographie censure la spontanéité de l'existence au profit d'une réinterprétation. On se souvient de certaines déclarations de Stendhal dans La vie de Henry Brulard : «  Je suis tellement différent de ce que j'ai fait il y a vingt ans qu'il me semble faire des découvertes sur un autre. » Être le propre objet de son étude ainsi que le désirait Héraclite comme en témoigne le Fragment 101, c'est également dire les choses d'une certaine manière, ce qui ne va pas sans poser problème. Si l'on s'en réfère à l'étymologie latine : Com préhendere, signifie : saisir dans son ensemble, ce qui s'oppose à ex sistere (se situer au-dehors de). D'après cette étymologie, écrire sur soi ce ne serais pas comprendre, se saisir au-dedans de soi-même mais au contraire, chercher à se ressaisir.

 

Dès lors la question légitime à se poser est la suivante : que dit  l'autobiographe ? Que révèle son choix d’écriture ?un désir de mieux se connaître ou  de mieux se faire connaître des autres ? S’il écrit pour mieux se faire connaître des autres, cela présuppose qu'il détient en lui-même les états d'esprits successifs, les émotions qu'il a éprouvées dans sa vie et ce de manière intacte. Se dire sur le papier supposerait donc une connaissance accrue de soi, chose qui, en raison des caprices de la mémoire semble bien difficile à acquérir. Si à l'inverse l'écrivain autobiographe se met en quête de lui-même, à quoi lui sert alors de convoquer autrui avant d'avoir achevé ce travail ? Nous sommes ici face à une aporie, face à cette impossibilité de réponse qu’éprouvaient certains interlocuteurs de Socrate. Dire certaines choses d'une certaine façon par opposition au langage ordinaire signifierait alors pour l'autobiographe témoigner du passé, choisir d’écrire dans le passé, s’acharner à dire le passé au détriment d’un moi qui continue de se construire.  Ainsi, la médiation de l'écriture, qui était un atout en ce qui concerne les écrivains engagés à dire et à faire, deviendrait un sérieux obstacle pour l'autobiographe. Le témoignage de Maurice blanchot : « Rousseau inaugure ce genre d'écrivain que nous sommes tous plus ou moins devenus, acharné à écrire contre l'écriture [...] Puis s'enfonçant dans la littérature par espoir de s'en sortir, puis ne cessant plus d'écrire parce que n'ayant plus la possibilité de rien communiquer. » Le livre à venir..

 

On peut envisager que ce soit davantage l'écriture de l'autobiographe qui fonde son unité que son unité qui soit à l'origine de son écriture. Ainsi alors, dire les choses d'une certaine façon, dire le passé dans le présent reviendrait pour l'écrivain à dégager en lui-même une certaine unité. La chose n'est pas aisée ; ce pourrait sembler un travail de Sisyphe, un pari périlleux mais toutefois accessible à en croire l’affirmation de Jorge Semprun qui ne manqua pas de se faire le porte-voix d'un passé douloureux :«Pourtant, un doute me vient sur la possibilité de me raconter. (…)Ne parviendront à cette substance, à sa densité transparente que ceux qui sauront faire de leur témoignage un objet artistique. Un espace de création. Ou de récréation » L'écriture ou la vie.

 

En dépit de la réserve qu'observe Sartre en philosophe fidèle de Platon à l'égard d'un certain type de poésie, on ne peut nier que l’affirmation selon laquelle l'écrivain ne serait pas écrivain pour dire les choses, mais pour les dires d'une certaine façon  s'applique à la poésie. L'intérêt de la parole du poète pour certains vient de ce qu'elle serait apte, au-delà des mots à permettre à l'individu d'accéder à une forme d'universalité, qui se révélerait à lui-même au-delà du verbe classique et des conventions : « Le principe de la poésie, est strictement et simplement l'aspiration humaine vers une beauté supérieure » (Charles Baudelaire, note nouvelle sur Edgar poe). Oeuvres complètes, Paris, Gallimard. Envisagé sous cet angle, de métaphores en périphrases, le langage poétique reviendrait à réduire l'écart qui sépare le signifiant du signifié. Ainsi le poète parvient-il à susciter des émotions qui dépassent parfois les significations apparentes.

 

Dire autrement pour le poète, c'est en conséquence opter pour un métalangage. En écrivant, il renvoie l'individu à la condition humaine, en composant, il l'invite à interroger son propre rapport au monde. Si Montaigne admet de la poésie qu'elle : «  ravit et ravage non seulement le poète, mais aussi celui qui la sait pénétrer et celui qui l'entend réciter »  il n'omet pas cependant d'ajouter qu'il nous faut pour la pénétrer « Quitter la maîtrise prééminente et la parlerie du langage ordinaire : Essais III,9. »  De fait, dire d'une certaine façon aboutirait à faire comprendre davantage. Apollinaire en ce sens décide de supprimer la ponctuation de ses poèmes, ainsi que le feront par la suite Éluard ou encore Aragon. Il permet ainsi au lecteur de se libérer des contraintes conventionnelles, des pauses afin que ce dernier se réapproprie librement la lecture. En ce sens : « Dire d’une certaine façon » revient à faire confiance à son auditoire, en sorte que chacun, par une interprétation libre de toute contrainte participe de la création poétique.

 

Si Sartre admet que « l'imagination du spectateur dans le domaine des arts n'a pas seulement une fonction régulatrice, mais constitutive parce qu'elle est appelée à recomposer l'objet beau par-delà les traces laissées par l'artiste  », il semble en être ainsi de la poésie mallarméenne ou encore rimbaldienne. Pour ces écrivains en effet, dire les choses revient à briser la syntaxe, les images mentales préétablies afin de fournir au lecteur l’occasion de faire sa propre expérience poétique. On pourrait évoquer dans cet ordre d'idées les travaux des surréalistes dont Rimbaud était  l'enfant chéri, tant ils sont un exemple éloquent de ce « dire d'une certaine façon ». Au-delà des mots mêmes, les disciples de Breton cherchent par des exercices d'écriture automatique entre autres, à se libérer d'un certain conformisme, d'une certaine facilité intellectuelle  afin de parvenir à une exploration véritable de la force de l'imagination : « Réduire l'imagination à l'esclavage, quand bien même il en irait de ce qu'on appelle grossièrement le bonheur, c'est se dérober à tout ce qu'on trouve au fond de soi, de justice suprême. » André Breton, Manifestes du surréalisme .

 

L'expression populaire « tout ceci n'est que littérature » montre bien le fossé qui existe entre le désir de productivité rentable et efficace d'un côté et la faculté d'émerveillement de l'autre. Il s'agit là effectivement de dire les choses autrement .Et parce que l'écrivain aspire à entretenir une relation qualitative plus que quantitative avec son lecteur potentiel, parce que son écriture ne nous est parfois accessible que de manière posthume doit-on pour autant négliger cet apport ? Écrire autrement, c'est enrichir la vie intellectuelle de l'individu, lui permettre de connaître son histoire et par conséquent de comprendre ce qu'il vit dans le moment présent. Loin de se limiter aux banalités quotidiennes, le travail de l'écriture des uns, l'intérêt pour la lecture des autres, permet à l'homme de s'entretenir avec le passé, de réfléchir sur l'avenir. Dire autrement n'est autre chose finalement que joindre au nécessaire machinal, l'essentiel, le vital. Choisir le média de l’écriture, c’est d’une certaine façon,  tenter d’apporter un supplément d’âme aux « nourritures terrestres ». Ce supplément d’âme, c’est l’aspiration à la réflexion sans laquelle, la volonté et le libre arbitre qui sont propres à l’homme seraient réduits à néant et dominés par le simple instinct de conservation.

 

 

 

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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 15:34

                             Ambition humaine

 

Tapi là dans un angle de ce gîte infamant

 En ce  premier novembre au goût de fête des morts

Mon amour est parti, et c’est à pêne l’aurore,

Tel le dormeur du val que l’on croit sommeillant

 

De cette alcôve j’observe par la fenêtre en face

 Et au-delà l’automne laissant impitoyable

Des myriades de feuilles s’échoir dans la mélasse

Toutes promises à la mort d’un souffle abominable

 

Bien en deçà encore de ce cadre exigu

Mon âme mélancolique recluse comme un atome

Cherche inlassablement la jouissance et l’arome

D’un cœur complémentaire et joint à son salut

 

Si les feuilles désunies se ramassent à la pelle

De même, chaque corps poussière  s’achève au charnier 

Hâtons-nous donc humains de ne point dédaigner

L’union, la main tendue qui nous rend immortels 

 

Cessons donc de gémir, d’attendre l’au-delà

Nous sommes le libre arbitre, le nectar et la vie

Cependant que ces feuilles à l’allure décatie

N’ont d’autres alternatives que scandale et trépas

 

Nul analogie donc, si l’homme vient à aimer

Qu’un dessein ici bas l’enjoint à investir

Serin, à l’heure venue, il avisera Zéphyr 

De son ferme enthousiasme, que nul ne peut ôter

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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 17:11

Les raisons de la colère

 

Étant enfant, j'avais moi-même subi l'humiliation liée aux attouchements d'un homme. C'était une chose que j'avais en horreur, un mépris si vif qui il m'était alors impossible de considérer la suprématie du male tant elle plonge les victimes de machisme dans la plus profonde des hébétudes. Catherine ne pouvait non plus pardonner dans son for intérieur les caresses érotiques d'un père, fut-il le plus sensible et le plus tendre des hommes. J'ignore par quels arcanes psychologiques, il se fait, que les victimes affectionnent particulièrement leur bourreau, tout comme j’amnistie volontiers et sans réserve mon grand-père pourtant répréhensible pour sa « vulgarité » à mon égard. Bien que la nature n'entende pas ce pardon convaincu d'une même oreille ;  il demeure pourtant si fort ce pardon qu'on a le sentiment qu'il cherche à déjouer l'infamie intérieure dont nous portons les stigmates.

Il évoque sans relâche la sensibilité des transgresseurs pour lesquels nous construisons des justifications plus solides encore que pour n’importe lequel des honnêtes gens. Nul ne semble échapper à cette règle naturelle, de sorte qu'au lieu de reconnaître la réalité tragique de la perversion des uns, chacun des autres culpabilise de ne pas admettre suffisamment le mensonge pieux qu'il se fait à lui-même. Hélas ! en dissimulant ses lourdes blessures derrière le pansage malpropre du déni, l’agressé ne fait pas davantage cesser ses douleurs qu’il n’efface la ruine de son âme. Elle demeure immuablement marquée, et la souffrance indélébile de celle-ci marque aux frais de celui-ci l’odieuse et disproportionnée note à régler pour le plaisir de celui là. Mais, laissons là les considérations sur la double peine vécue par la victime ; sur ce poids du bouc émissaire fautif et dont la honte garantit à l'agresseur l'impunité nécessaire à la poursuite de ces vices. Laissons là également le mécanisme coupable de couverture affective qui bien souvent ne reflète pour celui qui en est victime que la vilenie endurée. Une réponse du double amour (passivité et attendrissement) à la double haine (dépravation et nonchalance).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par realer - Publié dans : confessions intimes
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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /Jan /2009 19:09

 

          

Saint Augustin, penseur du quatrième siècle, arbore les sentiers de la vie spirituelle avec une acuité redoutable. Tout comme sa méthode, sa philosophie aspire à l'unité de l'intelligence et de la sensibilité. L'exercice spirituel dont il est question ici, montre à quel point il est possible à l'homme de retrouver les traces du divin en lui-même, ces marques naturelles tendant au surnaturel, qu'il exhume lorsqu'il parvient à interroger son âme avec l'intelligence de la foi.

  •       Au-delà de la doctrine, la structure trinitaire de l'expérience chrétienne renvoie donc à la position  "métaphysique » de l'individu. En tant qu'image de Dieu, l'homme répond naturellement à la Trinité du Père, du Fils et du Saint Esprit en y trouvant écho dans le modèle des sciences (logos), par le discernement métaphysique dont son être est capable. Ainsi parvient-il à progresser dans son essence. C'est cette progression dont l'individu était déjà gros qui peut, avec l'aide de l'amour, être assimilée au Saint Esprit.

    N'aurions-nous pas perdu, au fil des époques que nous traversons, cette volonté de concevoir, avec pertinence et par l'étude de la science, l'intelligence et l'unité de l'Un, qui devient pour saint Augustin « Tu » lorsqu'on y adjoint unanimement l'enthousiasme, la sensualité et le cœur ? Saint Augustin nous montre, à travers la réflexion qu'il nous invite à opérer, que c'est en réfléchissant sur Dieu que l'on parvient, à notre échelle, à réfléchir Dieu. Que gagne-t-on alors à compartimenter ou à distinguer froidement les différentes sphères de l'existence humaine ainsi que l'étude contemporaine nous le recommande instamment ?

     

     

     

Par realer - Publié dans : Théologie - Communauté : Etre pour les autres.
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Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /Déc /2008 23:00

Lauzes, vendredi 28 juillet 2006,

 

L'orage, la pluie de la nuit dernière trahissent encore ce matin la canicule des jours passés. Le goudron tiède exhale aux narines son odeur . Nous sommes arrivés hier, non sans émotion pour ma part puisqu’il y a seize ans de cela, pour la dernière fois de mon adolescence, je foulais le sol de ce pays et n’allais plus le revoir jusqu'alors. Toute ma jeunesse m’était présente à l’esprit, mes yeux redevenus vierges comme à l'état fœtal, exhumaient ce spectacle de l'oubli dont je m'étais rendu victime. C'est alors que, par le truchement mixte du regard et du souvenir, jaillit comme un parfum d'adolescence. J'appréhendais tout d'abord ce cadre à la manière dont on observe un organisme dépouillé de son âme. Pourtant, c'était bien mon corps qui avait évolué, le temps qui avait passé laissant ainsi mon esprit ouvert à toute réminiscence.

Le cadre n'avait guère évolué, pas davantage que ces odeurs dont on ne sait d'où elles viennent mais qui trahissent souvent l'âge des plus anciennes maisons. Je revois la boulangerie, le lieu mitoyen dans lequel mes aïeux vivaient avant de descendre tout le long de la route neuve comme ils l'appellent… Maintenant arrivé à la hauteur du chemin de Bourbousse, je me remémore cette jeunesse bucolique qui m'avait soufflé ceci à l'oreille : « la vie est devant soi lorsque l'on a quinze ans ». Ce n'est pas immédiatement que je reçu confirmation de la pertinence de cet énoncé que j'avais couché sur le papier en visualisant les petits sentiers qui font le charme de lauzes mais son écho n'allait pas tarder à se faire entendre.                                                                       

 

Par realer - Publié dans : Psychologie - Communauté : Etre pour les autres.
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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 15:13

    

   Les Lumières, préconisent la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable.  cet état de tutelle est l'incapacité de se servir de son entendement sans le controle d'un autre. On en est  chacun responsable quand la cause tient non pas à une insuffisance de l'entendement mais à un manque de résolution et de courage pour s'en servir. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise des Lumières.

 

       Paresse et lâcheté sont les causes qui font qu'un si grand nombre d'hommes, après que la nature les eut affranchis depuis longtemps d'une conduite étrangère , restent cependant volontiers toute leur vie dans un état de tutelle; car est si facile à d'autres de se poser comme leurs tuteurs comme il est si commode d'être sous tutelle.  Si j'ai un livre qui a de l'entendement à ma place, un directeur de conscience qui a de la conscience à ma place, un médecin qui juge à ma place de mon régime alimen­taire, etc., je n'ai alors pas moi-même à fournir d'efforts. Il ne m'est pas nécessaire de penser dès lors que je peux payer; d'autres se chargeront bien à ma place de cette fastidieuse besogne. Et si la plus grande partie, des hommes concidère ce pas qui affranchit de la tutelle aussi dangereux que pénible, c'est que leur tuteurs,  dans leur extrême bienveillance, ne manquent pas de le leur faire croire. Après avoir d'abord abêti leur bétail domestique et avoir empêché avec sollici­tude ces créatures paisibles d'oser faire un pas sans la roulette d'enfant où ils les avaient emprisonnés, ils leur montrent ensuite le danger qui les menace s'ils essaient de marcher seuls. Or ce danger n'est sans doute pas si grand, car après quelques chutes ils auraient bien fini par apprendre à marcher;.

 

E.KANT: Qu'est ce que les lumières.

Par Ma vie est ailleurs - Publié dans : Philosophie
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 18:12

Se poser la question de la portée d'une oeuvre telle que Germinal, s'interroger sur la représentation du collectif, c'est avant tout prendre en compte la dimension métaphorique du texte. Il semble à première vue évident de considérer que Zola ne s'est pas arrêté à la description de la misère du peuple des mineurs, aux conditions de vie dans les corons, ou encore, à ce labyrinthe des mines comparable à celui qui enfermait le Minotaure. Sur un plan symbolique, le climat dépeint par l'écrivain nous confronte à un schisme, scandaleux au sens étymologique du terme, au sens de la chute et du scandale du mal. On ne peut s'empêcher d'avoir à l'idée cette peinture dantesque de l'enfer qui présente à sa manière l'aliénation du monde moderne, la perte du sens de la vie et la rage de ceux qui y sont confrontés.

 

Mais, que faudrait-il penser de la représentation du collectif si le message laissé par le roman à la postérité n'était pas porteur d'espoir ? Envisager une mise en scène d'un groupe, en l'occurrence le groupe social, c'est également considérer que derrière l'opposition remarquée par Henri Mitterrand entre : l'obscurité, la misère et la mine d'un côté, la clarté, les nantis et le confort ; derrière ce fatalisme, apparemment irréductible donc, se cache une lueur d'espoir. C'est précisément cette lueur d'espoir social dont Germinal est le récit. Germinal, c'est avant tout la narration d'un instinct de survie qui triomphe de la mort. C'est pourquoi, comme nous allons le voir, tous les milieux sociaux sont convoqués. On peut également parler de représentation du collectif dans le sens où, à l'image de l'insurrection du peuple sur les barricades chez Victor Hugo, il s'agit ici d'un principe général qui est en germe et qui s’applique au concept d’homme en général.

                               

                          Qu'il s'agisse des Grégoire (famille vivant dans l'opulence), des Deneulin (dont le chef de famille est également patron des mines) des Maheu (miséreux mais dignes) ou encore des Perron (lui est traître) cela illustre bien le collectif qui descend aux enfers jusqu'à la cécité. Mais, cette cécité, c'est avant tout la bourgeoisie qui en est victime. De sorte que les miséreux endurent la difficulté du labeur pendant que les autres y sont insensibles comme aveuglés. Ce n'est pas sans rappeler le rapport entre tirésias capable de voir l'avenir bien que non-voyant et Oedipe que la vue ne sauvera nullement. Belle ironie du sort.

 

                                Dans quel sens doit-on entendre la représentation du collectif ? S'il est question d'un groupe en particulier comme le corps minier par exemple, il faudra tout d'abord mettre l'accent sur cette voix nouvelle qui s'exprime dans le roman. Mais également, comme cela a été ébauché en introduction, la question sera la suivante : n'y a-t-il pas dans Germinal quelque chose qui transcenderait la fatalité du mineur ? Si la grève est un rêve momentané, ne doit-on pas voir en le processus un symbole, celui d'une montée en puissance qui elle, contrairement au roman qui en dessine l'amorce, demeure sans fin ?

 

 

 

       Germinal se donne à voir comme un véritable roman du  peuple, tout d'abord parce qu'il est l'image d'individus qui décident de prendre en main leur destin. Lorsque l’industrie minière annonce que les travaux devant être faits, le seront au détriment du salaire des mineurs, le feu est mis aux poudres. Nous assistons alors à une remontée des opprimés, à une cascade de la violence. La révolte qui était en germe se fait entendre alors. La voix qui porte, c'est celle du renversement des valeurs, du passage d’un système mécanique à un système organique. Le système mécanique c'est celui dont le comportement est dicté par une structure, quand au système organique, il est mu par ce principe selon lequel chacun doit prendre en main la direction de sa vie. Ce n'est pas un hasard si cette remontée du collectif représenté porte précisément le nom de germinal. Il s'agit de l'évocation du calendrier révolutionnaire, le titre de l’œuvre est donc porteur de sens. Il s'agit d'une :     « véritable épopée des opprimés »[1]. C'est en quelque sorte le printemps d'une révolution. La révolte dure neuf mois, le peuple est en effet gros d'un message à venir, il en porte les germes. Il est important de signaler pour comprendre le renversement opéré par le roman, entre la situation initiale et la situation finale, il est important donc de rappeler l'ordre des valeurs ainsi que la représentation du collectif au moment de l’embrasement du peuple.

        Deux mondes s'opposent sur la même terre. Celui de ceux qui la cultivent et sont plus bas que terre autant au sens figuré qu'au sens propre. Celui de ceux qui, à l'image de Madame Hennebeau, véritable caricature du mépris, vivent dans un cocon exempt de misère matérielle. La voix du peuple, celle du collectif minier ne se fait pas entendre. On se souvient de la foule affamée demandant du pain sous le regard ahuri de Monsieur Hennebeau. Cette foule chemine symboliquement du noir « boyaux de la mine » pour aller vers l’extérieur, vers la lumière. Si, à présent le mineur s'éveille, si il plante la graine de son émancipation, la fin du monde des inégalités ne se fait pas encore voir. C'est tout l'intérêt du roman que de montrer qu'un travail d'émancipation progressive est une entreprise de longue haleine de sorte que les mineurs ne sont que les maillons d'une chaîne qui devra poursuivre sa lutte pour tendre de plus en plus à une égalité entre le monde du travail et celui du capital. C'est du moins un des sens parmi les autres que recèle le titre germinal.

                                        

 

 

 

 

  Le roman se donne à voir non seulement selon une perspective téléologique pour les mineurs, mais également selon une perspective eschatologique pour les bourgeois. Eschatologique dans le sens où nous assistons ici au « crépuscule des idoles » pour reprendre cette expression nietzschéenne. Crépuscule de la bourgeoisie qui vit en pleine lumière, ascension du peuple, vivant dans l'obscurité mais faisant entendre sa voix. Il est étonnant de remarquer ce travail d'inversion et de renversement qui s'opère. La lumière est faite sur ceux qui subissait l'obscurantisme et l'obscurité, ceux dont le visage noirci représentait la continuité du travail minier, ceux dont le corps dévoré appartenaient à la mine. Les bourgeois quant à eux sont dépassés par l'idée que le peuple veuillent se réapproprier son propre corps. Le collectif des nécessiteux ne faisait qu'un avant la révolte avec le coron, la mine, c'est semble-t-il dans l'union entre une chair bafouée, et un esprit éclairé venant de l'extérieur, comme celui d'Étienne, que va naître le corps : c'est-à-dire la chair consciente.

 

          Le collectif bascule donc tout comme la bourgeoisie, mais, les deux strates sociales représentées : l'une en quête de clarté, l'autre affaiblie, ceci aboutit à un nivellement . L'homme prend le pas sur ce qui relevait apparemment de l'ordre de la fatalité et il inverse la tendance. Nous avons ici une portée à la fois littéraire, à la fois théologique du propos de Zola. Toutes les descriptions des mines relève de la littérature, l'idée d'un nouveau monde se trouve chez Jean au livre de l'apocalypse : « De pleurs il n'y en n'aura plus aucun, de larmes il n'y en n'aura plus aucune car l'ancien monde aura totalement disparu » cette idée eschatologique est proprement théologique. Entre les deux idées évoquées qui correspondent à deux états : celui de la misère infernale passée, celui de la paix idéale à venir, il existe une tension vers la paix, un juste milieu entre l'enfer et le paradis, entre éros et Thanatos, ce milieu c'est la construction, la germination, ce milieu c'est Germinal. À ce stade de notre étude, il apparaît intéressant d'évoquer le rôle d'Étienne et son rapport à Catherine. Intéressant, dans la mesure où ils sont l'un comme l'autre, l'incarnation concrète du passage, de la pâque entre les vestiges du passé et l’idée du monde à venir.

 

          Germinal est encore davantage semble-t-il que la représentation du collectif, il est son acte de naissance, et en quelque sorte son avènement. Catherine et Étienne contrastent par leur amour à l'acte barbare d'émasculation qui symbolise le paroxysme de la révolte. Il ne sont pas simplement des médiateurs concrets qui viennent figurer la révolte, ils sont tous les deux porteurs d'un message à venir. C’est l'histoire d'un amour vécu au moment de la douleur, mais vierge de toute morbidité. Symboliquement Catherine meurt mais on ignore si elle porte ou non le  germe de l'enfant de demain. Étienne quant à lui, sort de la mine tout comme le peuple sort de sa torpeur. Lui apparaît sous la figure véritable de l'initié. Tout d'abord parce qu’il est étranger au milieu des mines puisque descendant des Rougon Macquart. Il est aussi la figure de l'initié , dans la mesure ou, ne partant d’aucune expérience personnelle au sujet de l'enfer des mines il devient le porte-parole, la voix et la représentation du collectif.

            

             Il s'agit en définitive d'une métamorphose du peuple, d'une métamorphose de la mort devenue fécondité et à travers ce symbole, c'est le principe d'une humanité féconde qui est mis en lumière et qui prend le relais d'une humanité destructrice, du pouvoir de l'homme sur l'homme.  Zola peut conclure alors son oeuvre, sur l'idée que des graines avaient été semées et que bientôt, elles surgiraient sur toute la surface de la terre. Voici le message optimiste qui ressort du roman et qui transcende les descriptions cauchemardesque des conditions de vie. Ces descriptions ne sont, semble-t-il que le moyen, le vecteur qui, au-delà de la réalité, permet à l'écrivain d'affiner encore davantage l'idée symbolique d'un mouvement d’évolution actif, d'une humanité sans cesse en route vers son accomplissement et qui tend le plus possible à l'équilibre des forces, à la construction d'un avenir meilleur.



[1] Gérard Gengembre : commentaire sur germinal

Par Ma vie est ailleurs - Publié dans : Théologie
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 17:38

La pesanteur de la gloire

 

La chaleur et les couleurs du temps passé me rattrapent encore aujourd'hui. Il arrive parfois, lorsque je flâne dans la nature, qu’une image, une mélodie ou une odeur de printemps me renvoie soudain à ma toute première jeunesse. C'est ainsi, dans cet état de réceptivité émotionnelle, que j'aime à me remémorer, à vivre une fois encore les bons moments passés à tes côtés.

         De l'île aux enfants au temps des secrets de l’adolescence. Présente, attentive,bien souvent zélée, tu veillais sur moi sans me surveiller. Les enfants ont essentiellement besoin d'un appui pour s'engager sur le chemin de leur vie. Répondre de cette exigence, c'est cela aussi, être grand-mère. Mais comment expliquer qu'un amour puisse anticiper vos angoisses, quelle est cette force, qui parvient à vous ôter les craintes de la veille pour finalement vous laisser vous endormir plein d'espoir pour le lendemain ? Je l'ignore, ce que je sais de cet amour c'est qu'il était en toi.

 

Au-delà encore de ce qu'il convient à un enfant, au-delà de la bienveillance propre à certaines grandes mères, je voudrais évoquer ici celle qui fut mon amie d’adulte. L'honnêteté et la franchise que nous partagions l'un envers l'autre, faisaient de nous des confidents réciproques. Parfois, quand je me sentais asphyxié par la vie, mon aïeule me conseillait de me libérer quelque temps et de partir ; aussi, ai-je désiré la même chose pour elle lorsqu'elle me semblait souffrir.

     

      Elle était capable d'allier attachement et principe de réalité, de concilier l’idée centripète, de famille et de proximité avec celle, centrifuge d'indépendance et d'épanouissement. Si certains conçoivent distinctement la famille de coeur et la famille de sang, je dois dire que ma grand-mère couvrait les deux terrains. Elle était bien souvent le paradoxal alibi de mes propres erreurs.

        

         Ma famille est endeuillée, de sang comme de coeur, elle perd l'un de ses garde-fous les plus chers. Quant à moi, j’y trouvais l’être le plus essentiel à ma vie, mais qu'importe la disparition des mistrals gagnant, la perte des choses éphémères qui s'effritent comme un château de sable aux prises avec le vent. Je demeure heureux parce que mamie vit en moi : dans mon cœur et de par son enseignement . Elle est à l'image de ces souvenirs, Immortelle au-delà des apparences.

        

       Si le grain ne meurt, alors, quiconque saura faire la part des choses, entre le bon germe de son existence et l’ivraie de ses derniers instants. Mamie a enrichi le ciel de sa métamorphose, il est rassasié désormais.  Bonne nuit à elle donc, demain est là…

 

Par Ma vie est ailleurs - Publié dans : Psychologie
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 15:30

 

 

                                                  L'érotisme de Thanatos

 

La vie est devant soi lorsque l'on a quinze ans

Idéaliste, sensible, réceptif au soleil

L’ univers à portée, son parfum enivrant

Nous plonge dans l'illusion d'une jeunesse éternelle

 

Alors, indifférents au temps impitoyable

Convaincu de défier les lois de la nature

Prétextant conserver nos joies intarissables

On aspire à la vie bravant avenir, âge mûr

 

J'ai demeuré ainsi, submergé d'assurance

L’ euphorie ne connaît aucune loi ni mesure

Surplombant mes aïeux avec tant d'arrogance

Hommes ternis par le temps, qu'importait leur culture

 

Oh ! Rois et petits princes : habiles, puissants, sagaces

Inconcernés, Raillant la moindre feuille morte

À l'humaine condition, nulle âme n'obtient de grâce

Sur chaque joie relative, la nostalgie l'emporte

 

À mon tour, je vous semble rabat-joie, déplaisant

Ne me repoussez guère, savourez donc l’été

Aucune seconde à perdre, mêmes adolescents

Fort d'orgueil juvénile, vous les négligerez

 

Lorsque l'on tourne le dos après s'être éveillé

Réalisant les heures passées à notre insu

Cette précieuse existence, snobée par vanité

Bien tard, nous regrettons de n'avoir pas vécu

 

Croyez mon expérience, ne sous-estimez rien

De la vie, les vieillards n'ont pas été déchus

Savourez chaque seconde, l'âge d'or a une fin

Demain, de jeunes fougueux plaindront vos doigts crochus

 

 

Par Ma vie est ailleurs - Publié dans : Poèmes
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